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Zoom sur le projet vétérinaire Antibio.ref : interview de Jacqueline Bastien

A l'occasion de la semaine de lutte contre l'antibiorésistance, du 18 au 22 novembre 2019, nous avons interviewé le DV Jacqueline Bastien, membre du projet Antibio.ref.

Bonjour, pourriez vous vous présenter en quelques mots ?

Je m’appelle Jacqueline Bastien. Je suis vétérinaire praticien en Auvergne, précisément dans le Puy-de-Dôme, où j’exerce  dans une activité mixe, soit en production animale, plus particulièrement dans le domaine des productions bovines et une activité de soins des animaux de compagnie. Parallèlement, je suis engagée volontairement au sein de la SGNTV (Société nationale des Groupements Techniques Vétérinaires), au sein de groupes de travail dédiés au médicament vétérinaire et à l’antibiorésistance.  La SNGTV est un organisme vétérinaire à vocation technique dont la mission principale  est de  former les vétérinaires et leur apporter autant de compétences que possible.

Elle communique  également sur les savoir-faire de ces vétérinaires, en les représentant dans différentes instances, dont l’administration, en particulier la direction générale de l’alimentation, et d’autres structures telles que  les organisations professionnelles agricoles. 

La SNGTV est un des pilotes des plans EcoAntibio. Je participe activement au suivi de ces plans et à leurs comités de pilotage. En 2011, lors du 1er plan, il avait été défini un certain nombre de pilotes. La SNGTV a ainsi porté plusieurs projets, dont le réseau de référents antibiotiques, Antibioref.

Quels sont les caractéristiques et les objectifs du projet Antibioref ?

Antibio.ref est un support pour le réseau des référents antibiotiques vétérinaires dont le rôle est de participer à l’information et la formation des vétérinaires praticiens. C’est un site internet en premier lieu, d’échanges par lequel les vétérinaires peuvent poser toute question relative à l’usage des antibiotiques et à l’antibiorésistance. Lors du 1er plan en 2011, nous avons mis en place un réseau expérimental dans 4 régions, avec 1 référent par région, ayant deux rôles : celui de répondre aux questions des vétérinaires de sa région, et un rôle d’animateur local en lien avec r les acteurs de la santé humaine. Ils avaient aussi pour mission  d’organiser des événements régionaux touchant à l’antibiothérapie et l’antibiorésistance.

Des modifications ont été opérées lors du 2nd plan,  en collaboration avec la direction générale de l’alimentation : le réseau a été étendu à l’ensemble de la France, pour que tous les vétérinaires puissent poser des questions qu’ils peuvent se poser dans leur quotidien. . Le référent n’a pas vocation à résoudre des cas cliniques :  il vient  en aide pour développer les stratégies de diagnostic et de traitement. Nous avons  aujourd’hui une convention pour 1 an avec le ministère de l’agriculture et de l’alimentation, qui doit être renouvelé 3 ans de suite.

C’est une expérience intéressante : la mise en place de référents antibiotiques nous avait été demandée conjointement par le Ministère de la Santé et le Ministère de l’Agriculture. C’est  le miroir des réseaux de référents humains. Nous avons  donc eu des contacts avec des animateurs  de réseau en humaine, notamment en Loire-Atlantique (Medqual), qui nous a fait part de son expérience , ce dont nous nous sommes  inspiré autant que possible.

Le constat et la différence, est que les référents en santé animale doivent répondre aux questions concernant la santé de multiples espèces animales bovine par exemple, mais aussi la santé aviaire, ou porcine… donc nous avons opté  pour  un réseau national, en mettant à disposition  des référents pour chaque filière animale y compris les animaux de compagnie.

Le site Antibioref permet donc principalement aux vétérinaires praticiens de poser des questions, mais il comporte aussi un espace documentaire où sont réunis des documents d’intérêt sur la thématique  antibiotique : par exemple  les rapports sur l’évolution des résistances des pathogènes des animaux (qui sont mis chaque année sur le site). Il y a aussi des documents référents sur les bonnes pratiques d’usage des antibiotiques (par espèce et par maladie).

Enfin nous diffusons aussi une newsletter mensuelle ainsi que des cas cliniques.

Dans quelle mesure s’inscrit-il dans le plan EcoAntibio 2 (2017 -2021) ?

Il répond à l’un des objectifs du plan (axe 2 action 7), à savoir renforcer la connaissance de l’antibiorésistance, la prescription raisonnée des antibiotiques par les  professionnels. Le réseau des référents est aussi inscrit dans la feuille de route interministérielle du « comité interministériel pour la santé : maitriser l’antibiorésistance »  (mesure 3 action 5)

Les plans EcoAntibio ont plusieurs plusieurs axes de travail : là nous sommes  dans l’apport de connaissances aux vétérinaires prescripteurs. Les référents vétérinaires spécialisés dans les différentes filières animales sont dédiés  aux professionnels  vétérinaires en exercice. Le site antibio-ref n’est pas destiné aux propriétaires d’animaux ni éleveurs. Ces derniers sont bénéficiaires d’autres actions menées, qui font partie également du plan.

La perte d'efficacité des antibiotiques impacte la santé humaine, la santé animale et celle des écosystèmes : quel est votre point de vue en tant que DV sur l’évolution de la lutte contre l’antibiorésistance ?

Comme tous les professionnels de santé je suis convaincue que nous devons sauvegarder notre arsenal thérapeutique qui ne s’enrichira probablement pas à l’avenir ; l’espoir de mise sur le marché de nouvelles molécules est faible. C’est un challenge pour préserver la santé humaine et la santé des espèces animales. Les vétérinaires ont besoin d’antibiotiques efficaces pour soigner les animaux dans un but économique pour les producteurs, dans un but de bien-être animal et aussi, ne l’oublions pas, pour traiter des maladies zoonotiques. Les zoonoses sont des maladies transmissibles de l’animal à l’homme, parfois par contact, par exemple pour les éleveurs. La transmission  peut se faire également au travers des denrées : c’est ce qu’on qualifie de zoonoses alimentaires . Par exemple,  la salmonellose, qui peut être dangereuse pour les professionnels de l’élevage et le  consommateur de denrées d’origine animale.

L’Homme, comme l’animal, est principalement responsable, par son propre usage d’antibiotique, de sa propre résistance. On sait queles animaux et l’homme échangent des bactéries résistantes ou des supports de résistance, qu’il existe des passerelles dans les 2 sens , qui ne sont pas toujours quantifiables. Au final on assiste à un enrichissement de l’environnement par les résistances animales et humaines.

Pour ces raisons nous avons le devoir de réduire autant que possible l’usage des antibiotiques pour limiter la sélection des phénomènes d’antibiorésistance. On est dans un objectif d’usage raisonné , et de limitation d’utilisation des antibiotiques. C’est ce qui a été fait grâce aux plans EcoAntibio au travers de différentes actions. Les résultats sont là : la  diminution de l’exposition des animaux aux antibiotiques entre 2011 et 2017 est de 38,9%.L’usage des antibiotiques dits critiques a connu une chute remarquable entre 2013 et 2017 (- 87,8% pour les FQL et – 94,2  pour les C3C4G).

Les travaux de recherches fondamentale  font partie des actions menées dans le plan Ecoantibio. De nombreux projets nous aident à orienter nos prescriptions.

Nous restons  vigilants  pour conforter les résultats obtenus. Comme tous mes confrères et consœurs, ma conscience de citoyen et mon statut de parent me poussent à prendre part de façon déterminée à la lutte contre l’antibiorésistance animale pour la bonne santé de tous. 

Merci à Jacqueline Bastien pour ces propos.

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