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Covid19 : comme une envie d’iode !

Zoom sur la question de l'iode (PVPI), et son rôle encore non réellement identifié dans la prévention du risque infectieux dans le cadre du COVID-19.

En cette période de confinement général, où les beaux jours reviennent progressivement, il est assez licite de rêver revoir des paysages marins et respirer leur fameux air iodé même-ci cet élément est en fait parfaitement inodore sous forme de gouttelettes.

Mais ce qui nous préoccupe ici est un message qui a diffusé récemment largement dans le monde pharmaceutique sur les bienfaits que l’on pourrait espérer de l’iode sous la forme de Polyvinylpyrrolidone iodée (PVPI) dans le cadre de l’épisode Covid19. Passé l’étonnement initial sur les bienfaits d’un gargarisme iodé, on s’aperçoit que l’Union française pour la santé bucco-dentaire préconise que « avant un examen buccal le patient réalise un bain de bouche à la polividone iodée (Bétadine BDB 2%) ou à base de peroxyde d’hydrogène (1%) ». Même le New York Times n’a pas échappé à cet engouement de circonstance.

L’idée qu’un antiseptique pourrait avoir une contribution à la gestion de l’épisode Covid19 ne peut qu’intéresser les spécialistes de la prévention du risque infectieux mais encore faudrait-il qu’il y ait un vrai substrat scientifique à tout cela.

On avait identifié d’emblée dans la revue de Kampf l’efficacité sur les coronavirus de la PVPI en scrub et on s’était dit qu’il pourrait être une forme de recours en cas de pénurie produits de première ligne pour l’hygiène des mains. L’évolution à ce stade ne l’a pas rendu nécessaire.

En se plongeant plus avant dans la littérature, il existe une production scientifique assez fournie sur les bénéfices du bain de bouche iodée dans les affections de la sphère oropharyngée. Dans sa revue de la littérature, Kanagalingam se demande pourquoi la PVPI est tellement utilisée pour la prévention des infections cutanée et si peu pour celles touchant des muqueuses. Il évoque des perspectives préventives et curatives du risque infectieux tout en soulignant que le niveau de preuve scientifique est actuellement faible autour du sujet.

L’approche préventive est la plus étudiée surtout au Japon. Sur une population de 14 patients atteints d’infections respiratoires itératives, un protocole incluant 4 bains de bouches quotidien à la PVPI a montré une réduction de 58% des infections par mesures avant/après intervention. Le seul essai randomisé sur la question de Satomura a comparé chez 130 personnes l’impact de 3 bains de bouche quotidien, soit à l’eau soit à la PVPI, sur les symptômes d’allure infectieuse, par rapport à un groupe contrôle. Ici le bain de bouche à l’eau s’est avéré le plus efficace dans une étude de portée scientifique modeste il faut le reconnaitre.

In vitro, l’efficacité de la PVPI, dans toutes ses formes, sur les souches virales respiratoires épidémiques est évidente. Ito a montré en 10 secondes une efficacité virucide majeure sur 4 souches influenzae aviaire. Maren Eggers a démontré une efficacité similaire sur des souches de virus Ebola et Vaccinia, la souche normative pour les virus enveloppés, ou de Coronavirus MERS-CoV.

Passer de l’in vitro à l’in vivo est toujours une autre aventure. En France, il n’existe pas de PVPI sous forme de spray nasal, contrairement à d’autres pays, et la mise au point de cette forme galénique est le travail de l’équipe de recherche universitaire bordelaise citée initialement.

Pour l’épisode Covid19, un essai clinique a été proposé en Angleterre avec une visée prophylactique pour le personnel de santé en espérant à la fois une rémanence sur les muqueuses de ceux-ci et une réduction de la charge virale chez les patients. Espérons que ces travaux voient le jour et il faudra suivre attentivement leurs résultats. Mais s’il ne devait rester qu’une indication pragmatique à ce jour, ce serait probablement la réduction de la charge virale dans la sphère oropharyngée du patient par exemple à l’occasion d’un geste pouvant induire un aérosol en vue de limiter le risque de contamination professionnelle.

Pour le grand public, même si l’épisode actuel génère de légitimes angoisses, il faut se garder pour autant d’un usage irrationnel et disproportionné de toute solution seulement potentielle. Si la PVPI est considérée comme un produit très sûr, elle comporte néanmoins quelques contre-indications et précautions d’usage à respecter en particulier chez l’enfant et la femme enceinte. Un produit usuellement anodin peut aussi présenter des dangers en cas d’usage non contrôlé comme en témoigne le Docteur Magali Labadie du Centre antipoison du CHU de Bordeaux à propos d’autres substances utilisées en prévention.

A ce stade donc, beaucoup plus d’hypothèses que de certitudes mais un évident thème de recherche et d’espoir pour le futur en vue d’essayer de compléter notre arsenal de lutte contre les infections respiratoires émergentes.

Et, en attendant que la science ne progresse encore, gardons votre confiance dans les mesures barrières prônées depuis le début de l’épisode,

Pierre Parneix

Responsable du CPIAS NA

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