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Survie du Covid19 dans l’environnement inerte : enjeu majeur ou débat anecdotique ?

Focus : la question de la durée de survie du Covid-19 dans l'environnement et les surfaces est abordée par le Dr Pierre Parneix.

Une question les plus souvent posées, tant par les professionnels que le grand public, concerne la durée de vie du nouveau Coronavirus sur les surfaces. Comme pour le refroidissement du fut du canon on pourrait dire « un certain temps ». Cela serait scientifiquement approprié mais par contre assez peu aidant au quotidien. Pour ceux à qui le virus laisserait 4 minutes de répit, tout est dit ou presque dans ce sketch de Fernand Raynaud datant des années 1950. Mettons en garde tout de même les générations Y et surtout Z, car le choc culturel à l’écoute pourrait être assez violent.

Pour aborder plus scientifiquement le sujet, on peut reprendre la revue de Günter Kampf qui a fait une synthèse de toutes les études expérimentales s’étant intéressées à la survie du Coronavirus sur les surfaces. Dans la table 1 on voit d’un coup d’œil que l’étendue de survie va de moins de 5 minutes à 28 jours ce qui est un intervalle assez peu précis pour qui veut le rendre opérationnel. Mais c’est l’état de la science.

Quels sont les principes à retenir ? Tout d’abord, la durée de survie du virus dépend de sa quantité initiale, Plus l’inoculum est fort plus la durée de vie augmente. Donc globalement, en l’absence de traitement à visée curative, un patient en début de maladie qui tousse sans respect des mesures barrières va émettre l’inoculum le plus fort dans l’environnement. Si on regarde l’excellente étude de kelvin To, on voit qu’en moyenne 1 ml de salive va contenir 1 000 000 de copies de Coronavirus la première semaine alors que l’on sera à 1 000 la troisième semaine. Une personne avec des facteurs de risque aura une charge virale plus élevée en moyenne et donc cet aspect n’est évidemment pas prévisible en population générale.

Les conditions ambiantes influentes et la dessiccation raccourcissent l’espérance de vie du Coronavirus. En passant une suspension virale artificielle sous lampe de Hood la survie de souches humaines sur des surfaces passe de quelques jours à quelques heures. Un Ph supérieur à 8 ou inférieur à 5 est très peu propice à l’épanouissement du virus. L’effet de la température et de l’humidité a été souvent analysé. Globalement le virus est sensible aux températures élevées et à partir de 30°C commence à être fragilisé. Pour l’hygrométrie ce sont plutôt les extrêmes, ici < 20% ou > à 80%, qui semblent défavorables.

Certaines surfaces sont moins propices que d’autres pour la survie du virus. C’est le cas du Cuivre capable dans l’étude de Sarah Warnes d’inactiver une gouttelette contenant 1 000 Coronavirus humains en moins d’une heure. Les auteurs suggèrent que la diffusion des surfaces antimicrobiennes, y compris dans la communauté, pourrait avoir du sens. Mais on reprendra ce débat après la guerre.

Le virus Sars-CoV-2 de 2019 étant quasi similaire au Sars-CoV de 2012, voyons ce que l’on sait de lui. Duan trouve sur des supports variés une survie à trois jours sans décrire la cinétique de décroissance. Plus intéressante probablement est l’étude de la chinoise Mary Lai. En mettant sur du papier des concentrations décroissantes de virus (de 1 000 000 à  10 000), le temps de survie passe de 24 heures à moins de 5 minutes. En observant une tendance identique avec le coton les auteurs concluent à une durée de vie plus courte du virus sur une surface absorbante0. Par contre sur une surface plus imperméable de surblouse cela décroit de 2 jours à 1 heure pour des concentrations initiales similaires. Ici les auteurs attirent notre attention sur les risques de contamination liés à la manipulation d’équipements de protection individuelle hydrophobes lors du déshabillage voire au-delà quand la tentation de l’usage multiple se fait jour.

Les conditions expérimentales, avec une culture cellulaire organisée sur un support, favorisent très probablement la survie prolongée. Si ‘on regarde la seule étude utilisant un aérosol de 5 micro litre de MERS-CoV pulvérisé sur de l’acier ou du plastique, la demi vie moyenne en condition ambiante n’est que d’une heure.

Essayons de voir ce qui se passe en conditions réelles. Pour le SARS, tant dans l’étude de Toronto que de Taiwan, si l’ARN du virus a été trouvé régulièrement dans les chambres de patients, aucune culture n’a permis d’identifier le SARS attestant que le virus était mort ou trop fragilisé par le milieu extérieur. Les auteurs n’excluent pas aussi la contribution des conditions de prélèvements et de transport à ces résultats. La seule étude publiée dans le cadre de l’épisode Covid19 trouve des résultats similaires mais les auteurs n’ont pas réalisé de culture cellulaire avec les échantillons positifs.

En conclusion, du monde virtuel à la réalité quotidienne il y a pas mail d’écarts qui doivent pondérer nos inquiétudes. Sur une surface non visiblement souillée par des produits biologiques, la survie du nouveau Coronavirus est probablement assez réduite voire très courte. Par ailleurs, aucun virus présent sur une surface inerte ne peut contaminer une personne spontanément et il faut que cela passe par le vecteur de la main d’un individu passant directement de cette surface vers on visage pour faire pénétrer le virus dans son organisme via une muqueuse respiratoire. On rappelle à l’occasion qu’il n’y a aucun passage transcutané du virus et que l’usage de gants par le grand public n’a aucune raison d’être et favorise même la diffusion vers les autres du virus via un port prolongé.

Tabler sur une durée de survie approximative maximale n’a probablement guère de sens et proposer des quarantaines à tout objet venant de l’extérieur parait peu rationnel. Pour cet épisode, la logique veut que l’on base notre stratégie sur l’hygiène des mains et, s’il faut faire preuve d’obsessionnalité, c’est bien dans cet exercice, par lavage ou friction, plutôt que dans la désinfection compulsive de toute surface potentiellement contaminée c’est-à-dire toutes les surfaces et objets en période épidémique. En milieu de soins, on gérera l’environnement de façon usuelle, avec une attention accrue entre deux patients, et en communauté il faudra savoir raison garder.

On se prend à espérer d’atteindre prochainement le pic épidémique national pour interrompre enfin la litanie des jours pires que leur veille. La descente qui suivra sera encore longue mais chaque lever de soleil nous incitera à plus d’optimisme.

D’ici là, prenez soin de vous et de vos proches,

Pierre Parneix

Responsable du CPIAS NA

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