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Réussir le déconfinement : acte 2, faire comprendre et adopter le masque grand public

Retour en histoire sur le port du masque en France, l'état des connaissances sur son rôle lors d'une épidémie, et les bons conseils d'utilisation.

A l’heure où la population française s’apprête à expérimenter à grande échelle, pour la première fois de son histoire moderne, le port de masque pour prévenir la transmission d’infection, il n’est pas inutile de revenir sur la démarche qui l’y a amené.

Dans notre pays une évolution de pensée, qui plus est dans un court laps de temps, a tendance à être attribuée de prime abord à deux travers du comportement humain à savoir le mensonge et/ou la versatilité. Sans dire que cela est impossible, il ne faut écarter tout de même, chez les scientifiques, l’adaptation à l’amélioration des connaissances et du contexte.

Pour le contexte, l’intérêt pour limiter la diffusion d’un virus respiratoire de faire porter un masque à une personne présentant une toux fébrile est un acquis ancien. Toutefois, en France, le niveau d’adhésion au concept, et encore plus à sa déclinaison effective, a toujours été très voisin de zéro. Il y a un an, il y a une éternité, nous fûmes très heureux d’être associés à la campagne de l’ARS Nouvelle Aquitaine sur ce sujet avec le lancement de son fameux héros masqué. Pour autant, début 2019, cette approche a été considérée par certains comme presque trop avant-gardiste pour notre pays. Le déterminant principal de l’adhésion d’une population à des mesures de prévention reste le niveau d’anxiété suscité par une situation donnée. L’étude de Benjamin Cowling durant l’épisode de grippe H1N1 à Hong Kong en atteste. Durant toute l’épidémie le port de masque par la population générale est resté voisin de 10% mais avec des variations individuelles. Les personnes estimant leur santé mauvaise avaient une fréquence d’usage des masques 2,8 fois supérieure à ceux se considérant en bonne santé. Lors de la grippe H1N1 seulement 27% des français étaient inquiets et le port d’un masque ne serait venu à l’idée de quasi personne. En regard, selon un sondage IFOP publié le 27 mars 2020, 62% des français craignaient pour leur vie face au Covid-19. Cette différence de vision n’a rien d’illégitime, bien au contraire, mais elle explique aussi qu’en regard, 94% des français se sont dits favorables à l’usage généralisé du masque dans les transports en commun.

Pour l’état des connaissances, force est de constater qu’il a évolué significativement. Avant l’épisode Covid-19, la pensée scientifique largement prédominante était que la transmission des maladies infectieuses respiratoires par des sujets asymptomatiques, certes existait, mais jouait un rôle mineur dans la genèse d’une épidémie. Ici, on a découvert avec le modèle quasi expérimental du paquebot Diamond Princess, qu’un cinquième des patients infectés par le virus n’avait présenté aucun symptôme. Au début, les premières suspicions de transmission en phase asymptomatique, ont regardées avec prudence, si ce n’est réserve. Aujourd’hui des études, basées sur des données fiables, estiment que près d’un cas sur deux de Covid-19 pourrait avoir été transmis par des sujets asymptomatiques. Si face à cela les experts n’évoluaient pas dans leur pensée et leurs préconisations ce serait un rien inquiétant. L’idée que chaque individu peut être contaminant sans le savoir a donc fait son chemin avec, en regard, un légitime regain d’intérêt pour le port du masque en population générale. On a compris que se parler en face à face immédiat prolongé, situation non exceptionnellement observée même en période de confinement, présentait un risque de transmission, majoré par l’intensité du ton et presque annihilé par le port d’un masque. Désormais l’usage de ce dernier en population générale fait l’objet d’une vraie réflexion scientifique et c’est assurément un domaine qui va continuer d’évoluer. On peut citer la très bonne revue de Jeremy Howard, qui pose 5 axes de réflexion pour évaluer l’impact d’une telle stratégie à savoir :

  1. Les patients asymptomatiques ou pré symptomatiques présentent-ils un risque d’infecter les autres ?
  2. Un masque facial diminuerait-il probablement le nombre de personnes infectées par un porteur du virus utilisant un masque ?
  3. Existe-t-il d’autres couvertures faciales qui ne perturberont pas la chaîne d’approvisionnement médicale, par exemple masques en tissu faits maison ?
  4. Le port d’un masque aura-t-il un impact sur la probabilité que le porteur s’infecte lui-même?
  5. L’utilisation du masque réduit-elle la conformité aux autres stratégies recommandées ?

Finalement toutes les questions qui ont émergées au fil du déroulé de la pandémie et la plus récente communication officielle nationale s’inspire de ces réflexions. Toutes les réponses ne sont pas encore là mais il est nécessaire d’agir dès maintenant. 

Le troisième élément mixte le contexte et les connaissances. Face à une pénurie de masques chirurgicaux, il a fallu trouver une nouvelle voie et la démarche d’expertise a conduit à faire émerger d’une part un concept industriel de masque textile avec une caractérisation officielle de leurs performances en 2 niveaux. D’autre part une normalisation de ces masques, quel que soit leur mode de fabrication, a vu le jour sous l’impulsion de l’AFNOR avec en regard des tutoriels didactiques. Et que dire de l’impulsion donnée par les citoyens eux-mêmes via des mouvements comme les petits masques solidaires. Les experts nationaux du HCSP ont d’ailleurs défini une place pour ces masques, dits alternatifs, dans le contrôle de l’épidémie en complément des autres gestes barrières.

Il persiste des limites économiques aussi, même si beaucoup de municipalités ont prévu de soutenir les habitants de leur commune dans ce combat de la prévention. Les bons conseils d’utilisation ne manquent pas désormais et chacun peut se forger une stratégie en regard. Et si d’aventure vous êtes amenés à utiliser un masques chirurgical, il y a certaines astuces utiles à connaitre.

Il appartient à chacun désormais de s’approprier et d’expérimenter le concept. De l’intention à l’action il y a souvent un fossé qu’il convient de franchir ensemble dès le 12 mai. Chacun dépendra alors un peu de l’autre et c’est finalement plutôt un concept rassurant.

A vos masques donc !

Pierre Parneix

Responsable du CPIAS NA

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