Halloween : des gènes, des virus et des causes !

Si vous faites partie des courageux qui travaillent en ce 31 octobre, vous avez mérité de prendre une pause détente pour la lecture de ce court blog.

A l’énumération : fantôme, désincarné, ombre, hanté, effrayé, effrayant, le plus effrayant, vous imaginez ce qu’il s’agit de célébrer en ce jour. Bravo, et c’est effectivement Halloween mais en fait ces mots, dans leur version anglaises, caractérisent des gènes présents chez les insectes et les crustacés. Ces derniers qui sont enveloppés d’exosquelette et de carapace rigide évoluent par mue et pour ce faire ils ont besoin d’une hormone, l’ecdyzone, dont la production est régulée par ces fameux gènes. Ces gènes ont été décrits par des chercheurs allemands dans les années 1980 mais c’est un généticien américain, Michael O’Connor qui les a regroupé sous le terme de gènes Halloween, appellation toujours en vigueur dans les milieux les plus sérieux de la recherche entomologique. C’est en observant des formes anormales de larves de mouches de fruits (Drosophila melanogaster), issues de la mutation de ces gènes, que l’appellation lui vint à l’esprit en tant que grand adeptes de la fête d’Halloween pour laquelle toutes les personnes de son laboratoires avaient obligation de venir travailler costumées.

Un de ses amis Edward Lewis, probablement moins friands des aspects festifs de l’évènement, s’associa aux découvreurs allemands ce qui lui valu avec eux le prix Nobel en 1995 de physiologie ou médecine grâce à leur travaux sur le développement précoce de l‘embryon à partir du modèle de Drosophila melanogaster.

Si vous êtes plus Michael qu’Edward, et préférez les aspects festifs d’Halloween à la recherche fondamentale de laboratoire, restez tout de même prudent et ne perdez pas de vue les bons préceptes de gestion du risque infectieux comme vous y invite le récit suivant.

L’histoire se passe en 2016 au centre de loisir aquatique de Rainham en Angleterre où est organisé le 28 octobre une Halloween piscine partie entre 18 et 20h avec comme clou du spectacle une eau rendue rouge sang par une teinture. Très vite les jours suivants un groupe de jeunes se forme sur les réseaux sociaux pour partager la gastroentérite dont ils ont été victimes au décours et une investigation officielle est alors lancée. On retrouve chez les 11 enfants testés la même souche de rotavirus et une enquête épidémiologique élargie permet de retrouver 63 cas sur les 93 personnes ayant fréquentés la piscine entre le 26 et le 28 et ayant répondu au questionnaire. Sur les 53 enfants répondants 52 ont été malades et 86 des 93 cas étaient venues le 28 octobre.

La très belle investigation à retrouver sur le site d’Eurosurveillance est un modèle de fromage suisse à la James Reason avec toutes les causes profondes que l’on arrive à mettre en évidence aussi en milieu de soins. Une version synthétique vous est proposée par la BBC car cet épisode a fait l’objet d’une large couverture médiatique à l’époque. L’usage de la teinture avait été pratiqué à de nombreuses reprises sans problème identifié jusque-là. Toutefois, les investigateurs ont identifié que pour que la teinture puisse agir il était nécessaire d’abaisser le taux de chlore de la piscine qui selon la règle devait se maintenir entre 1,5 et 2,5 ppm et ne jamais passer en dessous de 0,5 ppm. Un protocole très strict de vérification était en vigueur avec un rythme de 3 fois par jours avec le système de dosage et délivrance automatique du chlore et de toutes les deux heures s’il était hors service.

Le 28 octobre, la traçabilité de la piscine montre que le système de dosage automatique en chlore a été déconnecté à midi pour permettre à la concentration en chlore de baisser en vue de l’usage de la teinture rouge le soir. Seuls deux prélèvements ont été effectués dans la journée à savoir à 7h00 (2,09 ppm) et à 14h00 (0,24 ppm). Le prélèvement du lendemain à 7h00 a montré une absence totale de chlore.

On reconnait bien ici les conditions qui mènent à un accident avec une violation délibérée des règles de sécurité faite, comme souvent dans les accidents de soins, pour « faire plaisir » aux patients et en l’occurrence ici les clients de la piscine. Il faut noter que deux maitres-nageurs travaillant le 28 faisaient parties des cas mais sans s’être toutefois baignés. Ils avaient par contre été en charge de l’entretien des toilettes et des lieux communs ce même jour. Pour ce qui est de l’hygiène le taux de douches des cas atteignaient 68% à la sortie de la piscine mais seulement 21% avant d’y entrer. Aucun épisode de vomissement ou de diarrhée n’avait été identifié chez un baigneur durant son passage au centre nautique. Les auteurs ont estimés à 125 la perte cumulée de jours de travail ou d’école chez les cas. Une désinfection des surfaces associées à un retour à la chloration normale ont permis de stopper l’épidémie.

Voilà donc une investigation et une analyse des causes rondement menées dont on peut retirer moult enseignements. Mais que cela ne vous empêche pas de distribuer des bonbons aux enfants ce jour de préférence en emballage unitaire et après une bonne désinfection des mains.

Joyeux Halloween à tous !

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