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Covid19 et usage unique : la tentation du recyclage (Partie 2)

Dans une seconde partie, la question des surblouses, de leur usage, et des différentes techniques de prolongation de leur durée de vie est abordée.

La publication du premier opus sur les masques a permis des échanges intéressants sur les réseaux sociaux, en particulier LinkedIn, permettant d’identifier cette position de la société 3M sur les masques N95. Cet industriel ne recommande pas pour ces masques, sous peine d’altération significative, des traitements par l’oxyde d’éthylène, les radiations ionisantes, les microondes, la chaleur et la vapeur. Seul un traitement à basse température par le peroxyde d’hydrogène pourrait être envisagé sous réserve d’une qualification aux USA par la FDA du processus. Le premier agrément a été accordé par cette instance au procédé de la société Batelle avec une capacité de 20 traitements itératifs. Cet industriel mentionne toutefois que la collecte doit exclure tous les masques souillés de produit biologiques ou de maquillage ainsi que ceux contenant de la cellulose. Peu après la FDA a donné un deuxième agrément à la société Stéris, pour sa gamme V-Pro, qui elle est distribuée en France, pour un maximum de 10 traitements. Dans ses recommandations cet industriel propose une approche de la traçabilité du décompte des retraitements et aussi une évaluation très transparente du bénéfice/risque de cette approche. Un troisième agrément FDA, pour un procédé similaire a été accordé pour deux traitements au procédé Sterrad.

Cette approche, toujours non préconisée en France, fait l’objet d’un suivi national dans un contexte de relative embellie sur l’approvisionnement en masque de protection respiratoire en secteur de soins.

La pénurie la plus aigüe est celle qui touche désormais les surblouses et autres tabliers de protection à usage unique. Là encore, l’idée de recycler ces équipements a été débattue avec très vite des problématiques, similaires à celles des masques, de risques liés aux manipulations et surtout de dégradation des produits. Les premiers essais locaux ont montré que les surblouses perdaient le plus souvent leur caractère étanche, lorsqu’on les soumettait à une projection d’eau, quand elles demeuraient utilisables. Là encore, ici, la stratégie pertinente reste la rationalisation et la prolongation de la durée de vie avec en dernier recours la tentative de retraitement, comme l’a parfaitement rappelé la SF2H dans son avis du 5 avril 2020. Les solutions en textiles réutilisables paraissent bien plus intéressantes avec plusieurs approches à commencer, comme proposé par la SF2H :

« Utilisation de sur-blouse en tissu réutilisable à manches longues, prise en charge par la filière linge et lavable à 60°C pendant 30 minutes, protégée par un tablier plastique à usage unique, soit systématiquement à changer entre chaque patient, soit lors des soins mouillants ou souillants ».

L’approche textile a, comme pour les masques, pris son essor sur le terrain où il faut reconnaître que nos réserves naturelles ont quasi disparu depuis le passage presque intégral au non tissé en particulier dans les secteurs opératoires où la microfibre fut pourtant révolutionnaire dans les années 1990. Pour autant, on a vu apparaître à nouveau des initiatives solidaires très utiles et très créatives. Différents tutoriels ont commencé à circuler et il parait important de concevoir un système d’attache simple pour limiter les risques de contamination lors du déshabillage. Le point clé de la compatibilité et du respect des procédures de nettoyage a conduit le CTTN et l’URBH à en définir les principes en blanchisserie.

Le monde de l’industrie textile s’est lui aussi mobilisé via une page dédiée de l’Institut Français du textile et de l’habillement. Elle comporte un dossier technique avec les spécifications de fabrication d’une surblouse antisalissure lavable et aussi des coordonnées de contact dont l’e-mail covid19@ifth.org. Les besoins sont très importants mais on tient une piste sérieuse et durable qui devrait à nouveau s’inscrire dans le temps long.

Une revue Cochrane récente sur les EPI, montre d’ailleurs que la surblouse est un équipement qui donne confiance aux professionnels même si son caractère imperméable est, pour certains modèles, très limité. Le plus étanche reste le tablier plastique mais qui ne protège qu’une partie de la tenue et dont l’ablation doit être prudente car souvent associée à un risque de contamination du reste de la tenue comme le souligne cette revue bibliographique. Pour autant, c’est un équipement clé de protection qui hélas a été frappé de pénurie à son tour. Qui aurait imaginé que l’on en viendrait à équiper nos professionnels de santé avec des sacs poubelles : personne mais ce fût fait tout de même. Le système D a recours a tout une panoplie allant du poncho en plastique à la housse de pressing en passant par des confections sophistiquées. Ici, seule l’efficacité compte désormais mais demain il nous faudra aussi savoir anticiper cela. Il faudra éviter de tomber dans l’excès en passant du tout jetable au tout recyclable car ce dernier a aussi ses contraintes de filières et de garantie de l’efficacité dans le temps. Mais il faudra être capable de panacher intelligemment les ressources mobilisables pour la garantir la sécurité des professionnels quelle que soit la situation. D’ici là n’oublions pas non plus la plateforme nationale d’équipements avec son versant EPI.

Une fois de plus le système de santé, et ses acteurs, démontrent une capacité de résilience assez incroyable. Rêvons que 2020 sera l’année où on ne se contentera plus de le constater mais de le valoriser enfin justement.

Cordialement

Pierre Parneix

Responsable du CPIAS NA

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