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Coronavirus et risque lié à l’environnement : quels enseignements tirer des épisodes passés ?

Zoom sur les épidémies passées, pour mieux comprendre l’épisode actuel de nouveau coronovirus (2019-nCoV)

Alors que le monde publie une excellente exégèse sur l’origine animale des Coronavirus, l’équipe chinoise de Peng Zhou, de l’Institut de virologie de Wuhan, a démontré que le 2019-nCoV était génétiquement similaire à 96% à l’aspect génomique global des Coronavirus de chauves-souris et qu’il partageait à l identique 76% des séquences génétiques du SARS CoV.

Aussi, il n’est pas inintéressant de se rappeler ce que l’on connait du SARS, mais aussi du MERS CoV, en termes de transmission pour poursuivre l’anticipation de l’épisode en cours et se pencher en particulier sur la question de l’environnement et des surfaces inertes. L’incontestable article de référence à ce propos est la revue publiée en 2016, sous la coordination de Jon Otter, dans le Journal of Hospital Infection.

La survie de ces nouveaux Coronavirus dans l’environnement est à l’évidence longue et supérieure à celle d’un virus épidémique comme le H1N1. Ils se distinguent aussi des Coronavirus humains usuels avec une survie après dessiccation pouvant dépasser 6 jours là où les autres Coronavirus, nettement moins pathogènes pour l’homme, survivent environ 24 heures sans jamais  dépasser 72 heures en conditions expérimentales. La survie du SARS et MERS CoV dans l’environnement augmente avec la concentration initiale en virus, donc pour nous le niveau d’excrétion du patient et la quantité de fluide biologique à risque déposée sur la surface après une quinte de toux par exemple. Une humidité et une température basse favorisent la survie en milieu externe de ces Coronavirus.

Au-delà des aspects expérimentaux, avec un aspect toujours un peu théorique, les auteurs se sont penchés aussi sur les études en conditions réelles en milieu de soins. Timothy Booth a étudié l’environnement de 19 chambres de 4 hôpitaux de Toronto où des patients infectés à SARS étaient hospitalisés. Chez les patients infectés certains seulement, 2 de 49 prélèvement réalisés (4%) sur les surfaces fréquemment touchées ont identifié du matériel génétique du virus SARS. Il faut souligner que le bionettoyage était biquotidien en présence du patient à l’aide de lingettes imprégnées de peroxyde d’hydrogène. De son côté Scott Dowell a mené une étude similaire dans deux hôpitaux de Bangkok et de Taipei. Les résultats sont très contrastés car dans le premier hôpital seul 1 prélèvement sur 18 a été trouvé porteur de SARS (5,5%) contre 16 sur 28 (57%) pour le second lors du premier passage et 9 sur 48 lors du suivant (18,8%). Pour expliquer cette différence les auteurs soulignent qu’à Taiwan leur étude est survenue au cœur de l’épidémie alors que le début de la mise en quarantaine survenait avec en corollaire une certaine désorganisation et un manque de personnel pour le bionettoyage. A noter que parmi les points souvent contaminés il y avait les barres de lits et les téléphones et dans les parties communes la barre d’appui interne de l’ascenseur principal.

Il faut souligner qu’aucune culture n’a permis d’identifier le SARS soit que le virus n’était plus sous une forme revivifiable soit que les aléas des prélèvements et transports en ont empêché la faisabilité. C’est sur ce dernier point que diffèrent souvent les études expérimentales de celles en conditions réelles sans qu’il soit aisé d’en déduire l’impact en termes de prévention. Probablement que les premières sont trop pessimistes et les dernières trop optimistes. Toutefois, les auteurs soulignent à chaque fois l’intérêt qu’il y a à ne pas sous-estimer le risque de contamination lié à l’environnement.

Ce jour est désormais disponible le premier article de la page en libre accès du JHI qui traite cette partie environnementale pour l’épisode 2019-nCoV. Günter Kampf y propose une revue de la littérature actualisée et très axée sur l’efficacité des désinfectants. En termes de survie dans l’environnement, les auteurs optent pour le chiffre de 9 jours et plus pour le Coronavirus, sur la base de ses deux prédécesseurs, en attendant de futures connaissances plus spécifiques.

Ils passent surtout en revue toutes les études d’efficacité des produits désinfectants et on peut conclure avec confiance que l’éthanol à 80%, donc nos solutions hydre-alcooliques, est bien actifs sur les Coronavirus. L’hypochlorite de sodium à partir de 0,21% et le peroxyde d’hydrogène à 0,5% sont virucides dans l’environnement pour ce virus précisément. A noter aussi que le PVP iodée se montre très active sur le virus même si elle n’a pas un usage environnemental immédiat. Les auteurs citent l’étude de MUH-YONG YEN qui a analysé à Taiwan les mesures les plus efficaces pour la prévention des infections à SARS associées aux soins chez les soignants. Si l’installation de distributeurs de SHA à chaque point clés est un facteur contributif pour 3%, l’organisation d’un dépistage de la fièvre à l’extérieur des urgences contribue elle pour 51%.

Bien entendu, la gestion des excreta a toute sa place un fois de plus. Et même si les premières études retrouvent de façon inconstante le 2019-nCoV dans les selles des patients infectés ; l’épisode du SARS est là pour nous rappeler tout le rôle qu’a joué dans la diffusion communautaire un système de gestion des eaux usées inadapté avec des fuites dans les habitations.

Dans sa revue, Jon Otter souligne en conclusion que l’importance de la contamination indirecte via le surfaces est difficile à établir mais qu’elle peut à l’évidence renforcer la chaine de contamination via les mains et du matériel qui iront secondairement transmettre le virus en touchant bouche, nez ou œil.

S’il faut rester prudent et à l’écoute des découvertes qui ne manqueront pas d’arriver sur ce nouveau virus, assurer un niveau élevé d’hygiène des mains avec les SHA et optimiser la gestion de l’environnement dans toutes ses dimensions sont à l’évidence plus que de saison.

Continuez à suivre toute l’actualité du 2019-nCoV via le site du Répias.

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