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Etudes de couverture vaccinale chez les professionnels de santé des ES et Ehpad : interview de Sophie VAUX (SPF)

Nous avons interviewé Sophie Vaux, pharmacienne épidémiologiste à Santé Publique France, concernant les études de couverture vaccinale chez les professionnels de santé des ES et Ehpad menées en 2019.

Pouvez-vous vous présenter ainsi que votre rôle au sein de Santé Publique France en quelques mots?

Je suis pharmacienne épidémiologiste au sein de la Direction des maladies infectieuses de Santé Publique France depuis une quinzaine d’années, je coordonne les actions de surveillance de la couverture vaccinale au niveau national.

Quels sont les objectifs de l’étude de couverture vaccinale des pros de santé en établissement de santé/EHPAD?

Nous avons mené 2 études, l’une dans les établissements de santé et la seconde dans les établissements d’accueil pour personnes âgées dépendantes (EHPAD). Les objectifs principaux de ces études étaient d’estimer les couvertures vaccinales des professionnels de santé, pour les vaccinations recommandées pour ces professionnels, c’est-à-dire la grippe, la rougeole, la coqueluche et la varicelle. L’enquête dans les établissements de santé s’intéressait à ces 4 vaccinations. En revanche, l’enquête dans les EHPAD  se concentrait sur la couverture vaccinale contre la grippe.

Il était important de mettre en place ces études car les données nationales de la couverture vaccinale contre la grippe étaient anciennes, les deux enquêtes nationales précédentes dataient de 2009.

Des enquêtes régionales ou locales réalisées depuis laissaient envisager que les couvertures vaccinales antigrippale étaient perfectibles. Les données de couverture vaccinales des autres valences (rougeole, coqueluche, varicelle) ainsi que des estimations de couverture vaccinale dans les DOM étaient quasiment inexistantes. Il était indispensable de remettre à jour ces données afin de disposer de nouvelles estimations, d’évaluer les tendances depuis les 10 dernières années et d’identifier des mesures susceptibles d’améliorer les couvertures vaccinales contre la grippe.

Quels sont les résultats de cette étude et les perspectives qui s’en dégagent ?

Ces études ont été menées entre mai et juillet 2019. Les premiers résultats concernent les données de couverture vaccinale contre la grippe pour la saison 2018-2019.

La couverture vaccinale nationale des professionnels de santé pour la saison 2018-2019 dans les établissements de santé est estimée à 35%. Ce résultat est très décevant. On observe cependant que la couverture vaccinale varie de manière importante selon la profession : 67% des médecins en établissements de santé sont vaccinés contre la grippe alors que seuls 48% des sages-femmes, 36% des infirmier(e)s et 21% des aide-soignant(e)s le sont. Les médecins sont ainsi mieux vaccinés que les autres professions.

La couverture varie également  en fonction de l’âge du professionnel : les plus âgés sont mieux vaccinés que les plus jeunes.

En comparaison avec les données historiques (2009), on observe une augmentation de la couverture vaccinale antigrippale pour les sages-femmes, une tendance à l’augmentation pour les médecins et les infirmier(e)s , mais en revanche, elle reste stable pour les aides-soignantes.

Dans les Ehpad, la couverture antigrippale lors de la saison 2018-2019 est estimée à 32% tous professionnels confondus. Elle varie en fonction de la profession : 75% des médecins sont vaccinés alors que 43% des infirmier(e)s, 27% des aide-soignant(e)s et 34% des autres paramédicaux le sont. En comparaison aux données historiques (2009) on observe une hausse pour les médecins, une relative stabilité pour les infirmièr(e)s et une baisse pour les aides soignant(e)s .

Dans les deux études, on observe de fortes disparités en fonction des régions, les professionnels de santé dans les DOM, sont notamment beaucoup moins bien vaccinés contre la grippe que ceux de France métropolitaine.

Les études ont également permis de montrer que des mesures destinées à promouvoir la vaccination ou à faciliter la disponibilité du vaccin permettent d’améliorer significativement les couvertures vaccinales antigrippales des professionnels lorsqu’elles sont mises en œuvre.

Dans les établissements de santé, ces mesures sont les suivantes : l’analyse des freins organisationnels à la vaccination antigrippale et la mise en place d’un programme d’action, le fait que le chef de service ou le cadre infirmier soutiennent la campagne antigrippale, l’organisation de la vaccination contre la grippe au sein du service ou par des équipes mobiles de vaccinateurs, l’apport d’informations sur les vaccins lors des actions de promotion de la vaccination auprès des professionnels et la nomination de référents vaccination au sein des services. On entend par référent vaccination des médecins ou des paramédicaux susceptibles d’apporter des informations fiables sur la vaccination.

Dans les Ehpad, plusieurs de ces mesures permettent également d’augmenter significativement les couvertures vaccinales. Comme pour l’étude dans les établissements de santé, on retrouve l’importance notamment de la nomination de référents vaccination dans l’Ehpad, le fait que le directeur, le médecin coordonnateur ou le cadre infirmier soutiennent la campagne de vaccination, la délivrance d’une information sur les vaccins et l’organisation d’une analyse des freins organisationnels associée à la mise en place d’un programme d’action. On peut également citer  l’importance des séances individuelles et collectives d’information et l’organisation de formation faisant appel à des supports vidéo, des jeux ou serious game.

On se rend compte ainsi globalement que ce sont pour beaucoup des actions locales qui montrent leur efficacité pour améliorer la couverture vaccinale contre la grippe avec la mise à disposition de la vaccination directement au plus proche du professionnel (dans le service ou dans l’Ehpad), le soutien de la campagne par une personne qui a autorité ainsi que la possibilité de se tourner vers une personne du service en cas de question. On comprend que les professionnels attendent des réponses sur les vaccins eux-mêmes.

Il apparait que dans les établissements de santé ou les Ehpad où ces différentes mesures ont été associées, les couvertures vaccinales antigrippales dépassent 50%. Ceci permettrait donc si ces différentes mesures étaient associées dans les différents établissements d’observer au niveau national une augmentation des couvertures vaccinales de l’ordre de 15 %.

Les résultats concernant les autres valences seront communiqués au plus tôt, les analyses étant actuellement en cours.

Quelle recommandation pourriez-vous faire aux professionnels qui hésitent encore à se vacciner contre la grippe ?

La vaccination contre la grippe est recommandée chez les professionnels de santé, car elle permet de les protéger, mais elle permet aussi et surtout de réduire la transmission de la grippe à leurs patients, notamment les plus fragiles. La gravité de la grippe est souvent sous-estimée, alors que les épidémies de grippe ont des résultats conséquents chaque année. On estime, ainsi, que la saison dernière, plus de 8000 décès étaient attribuables à la grippe. Les cas graves surviennent le plus souvent chez des personnes fragilisées pour la grippe car présentant des maladies chroniques, ou étant âgées de 65 ans et plus.

On a compté l’an dernier plus de 65 600 passages aux urgences et 10 700 hospitalisations pour grippe pendant l’épidémie. Chaque année, des épidémies de grippe surviennent dans les services accueillant des personnes à risque ainsi que dans les EHPAD, et dans certains cas, des professionnels non vaccinés contre la grippe ont pu participer à l’introduction du virus dans l’établissement, ou ont aidé la diffusion du virus dans le service en tombant eux même malade et le transmettant aux personnes fragilisées.

Un professionnel qui se vaccine protège le patient qu’il soigne, ou le résident qu’il accompagne. C’est la raison principale pour un professionnel de se vacciner contre la grippe.

Les études ont montré que les médecins sont relativement bien vaccinés contre la grippe, en revanche, les infirmières et aides-soignantes restent encore à convaincre alors que ce sont justement les personnels les plus en contact avec les patients du fait de la fréquence des relations avec les patients et de leurs contacts étroits.

Il est ainsi important que les professionnels de santé se vaccinent contre la grippe et ce alors que ce vaccin ne présente que des d’effets indésirables bénins et transitoires et que contrairement à certaines idées reçues il ne peut être à l’origine de la grippe. Le vaccin antigrippal protège contre 4 virus grippaux différents. Même si certaines saisons et pour certains virus, l’efficacité vaccinale s’avère faible voire inexistante, il y a toujours intérêt à se faire vacciner, ne serait-ce que dans la mesure où le vaccin est toujours efficace contre au moins un des virus circulants.

Les premières données de cette étude ont été publiées sur le site internet de Santé publique France et sont disponibles à cette adresse.

Merci Sophie Vaux pour ces propos.
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