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Covid-19 : dans l’œil du cyclone

Le Dr Parneix revient sur la maladie de COVID-19, sous le point de vue oculaire de la question : caractéristiques des patients atteints, équipements et risque de transmission.

En ce premier avril très spécial, où même la force de sourire s’estompe progressivement, jetons un œil rapide sur trois publications intéressantes du JAMA en date du 31 mars.

La première décrit les caractéristiques oculaires de patients atteints de Covid19 dans la province de Hubei. Sur 38 patients admis sur une semaine dans un hôpital, et positifs pour le Covid19, 12 (32%) avaient des symptômes oculaires qui par ordre de fréquence décroissante étaient : le chémosis (inflammation conjonctivale), l’épiphora (écoulement de larmes lié à l’obstruction du canal lacrymal) et l’hyperhémie conjonctivale (œil rouge par vasodilation des vaisseaux). Aucun trouble de la vision n’a été identifié.

L’écouvillon oculaire est revenu positif à Covid19 chez 2 patients (5%) dont l’un présentait un épiphora et l’autre des sécrétions accrues. Les auteurs concluent à la fois à une faible prévalence du portage viral au niveau oculaire mais aussi à une possibilité de transmission par l’œil et via l’œil qui doit être prise en compte. Ces résultats sont comparables avec ceux issus de l’épisode SARS où une étude faite à Singapour avait retrouvé de l’Arn viral dans l’œil de 3 patients sur 36 (8%).

Dans le second article une équipe d’ophtalmologie de Singapour rapporte son expérience de la gestion de l’épisode en décembre dernier. Ils ont implanté un système de tri des patients selon des critères cliniques de suspicion d’infection et ont adopté des stratégies de protection croissante en fonction des symptômes et du risque de projection. Le port de lunettes de protection, et plus avant d’une visière, font partie de cette stratégie préconisée et encore accessible à l’heure où l’impression 3D de ce type de matériau offre des opportunités intéressantes dont beaucoup d’établissements se sont emparés. Les états unis ont même officiellement référencé toutes ces approches alternatives. Les auteurs attirent ici l’attention sur le risque de transmission croisée entre patients via l’usage des différents dispositifs médicaux d’ophtalmologie dont le tonomètre.

Dans les deux études les auteurs se questionnent sur la possible persistance prolongée du virus au niveau oculaire.

Enfin, l’éditorial associé nous ramène au cas historique du jeune médecin chinois initialement lanceur d’alerte. Le docteur Li Wenliang, était ophtalmologiste, et est décédé à 34 ans du Covid19. Personne ne peut affirmer l’origine de sa contamination mais évidemment son métier l’exposait à une proximité immédiate en cas de patient infecté en particulier avec l’usage de la lampe à fente. Même si la connaissance sur le Covid19 reste embryonnaire on pense qu’un inoculum fort inhalé de prêt reste une circonstance de contamination associée à risque supérieur de forme grave de la maladie.

En France la SFO et l’AFO ont proposé rapidement des recommandations pour les ophtalmologistes qui ont été actualisées au cours de l’épisode Covid19.

Xian Peng a proposé une revue intéressante sur les voies de transmission du virus dans le contexte dentaire. La possibilité de transmission via l’oeil du Covid19 a été rapportée dans des études de cas crédibles. L’article de référence sur la transmission via l’œil des virus respiratoire est celle de Jessica Belser en 2013. Il nous renvoie, avec une iconographie superbe, vers nos souvenirs anatomiques et la façon dont le canal lacrymal s’écoule vers le méat inférieur du nez créant ainsi un pont entre l’œil et les muqueuses respiratoires. La diffusion nasale rétrograde vers l’œil est aussi une possibilité.

L’auteur rapporte les nombreux modèles animaux sur lesquels la transmission oculaire des virus grippaux a été testée. Les résultats peuvent varier mais on voit avec constance que les virus influenzae aviaires ont une capacité forte à se multiplier au niveau de l’épithélium cornéen. Un élément qu’il faudra garder en mémoire pour préparer la prochaine épidémie lorsque le temps sera venu de le faire.

D’ici là encore un très grand merci à toutes les équipes d’hygiène, de prévention et contrôle de l’infection pour l’immense travail accompli dans l’œil du cyclone. On ne peut qu’être fier de notre profession aujourd’hui même si ce n’est pas celle dont les médias parlent le plus.

Gardez le cap même si c’est difficile.

Pierre Parneix

Responsable du CPIAS NA

Ps : pour ceux qui pensent que sourire un premier avril peut encore faire du bien, le titre en Une du Canard enchainé de ce jour offre un horizon d’espoir où l’on peut se donner rendez-vous.

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